Un film français gagne la Palme d’or. Et pas n’importe quelle Palme : la plus théorique depuis belle lurette. La dernière fois c’était Maurice Pialat, il y a 21 ans. Cette fois-ci, un tandem : Laurent Cantet, réalisateur, et François Bégaudeau, d’abord écrivain, ensuite scénariste et héros d’Entre les murs.

À l’automne, la Mostra avait étonné et ébloui par une sélection qui reformulait la question des questions : documentaire et fiction, qui dit la vérité ? À cette occasion il apparut que le partage ne passe pas entre l’un et l’autre, mais entre différentes configurations d’un cinéma de plus en plus impur et polarisé.

Dès la conférence de presse de Cannes, il était évident que la Croisette n’avait pas l’intention de laisser à d’autres, surtout pas au Lido, la suprématie sur l’avant-garde. A posteriori, il est facile de dire que la Palme ne pouvait se jouer qu’entre deux films : le documentaire d’animation Valse avec Bachir, film très proche de Redacted (primé à Venise) et grand favori dès les premiers jours, et le film de Laurent Cantet, fiction jouée par de vrais professeurs et de vrais élèves.

Le jury a choisi le second. Pourquoi ? Il s’agit certes d’un film modeste, qui ne manque pas de naïveté (les inserts sur les doigts levés, les plans d’écoute sur les Pourquoi pas un documentaire ? Parce que la vie en direct d’une école ne peut se donner directement mais doit passer par un travail, se jouer dans un atelier où de véritables profs et de véritables élèves dépassent leur propre expérience particulière (de bon ou mauvais prof, élève, proviseur) et trouvent sur le plateau la formule fictionnelle de leur propre personnage. Ce processus n’est pas très différent des dessins de Yoni Goodman pour Valse avec Bachir, tirés des vidéos de véritables entretiens. À l’Israëlien Ari Folman on peut demander : pourquoi l’animation  ? Dans les deux cas, nous sommes devant un cinéma qui atteint la vie en direct par l’exclusion de tout ce qui est directement lié à la vie.interrogations de l’enseignant, la salle vide à la fin) ni de passages qui dégonflent l’enthousiasme (notamment du côté de la salle des profs). N’empêche, Entre le murs est dans son projet un des films les plus cohérents et rigoureux de la compétition. Sélectionné par Thierry Frémaux à la dernière minute et comme un outsider, cette histoire d’une année dans un collège sensible résume une tendance générale.